Le pacte de Paris de 1928, apothéose oubliée du pacifisme.

Préparation au thème de questions contemporaines sur « la paix » du concours 2027 du réseau Sciences Po

une pierre blanche dans l’histoire du pacifisme

« Les Hautes Parties contractantes déclarent solennellement au nom de leurs peuples respectifs qu’elles condamnent le recours à la guerre pour le règlement des différends internationaux, et y renoncent en tant qu’instrument de la politique nationale dans leurs relations mutuelles ».Il ne s’agit pas d’un texte théorique du pacifisme mais de l’article 1 du pacte de Paris , traité international signé en 1928.

Le pacte de 1928, aussi nommé par les historiens pacte Briand -Kellog, du nom de ses deux principaux signataires, est probablement l’un des plus hauts moments du pacifisme de toute l’histoire. Moment unique, où les grandes puissances, anciennes belligérantes de la première guerre mondiale , y compris les États-Unis, l’Allemagne, le Japon, l’Italie ,la France, le Royaume-Uni, signent un traité mettant la guerre hors la loi .

Plus jamais dans l’histoire un tel engagement ne fut réitéré. Même la charte de l’ONU de 1945 est bien en deçà. Elle indique que les états signataires renoncent au recours à la force, mais aussi qu’ ils conservent la possibilité de la guerre en cas de légitime défense ou d’interventions décidées par le Conseil de sécurité.

un traité trop méconnu par la mémoire collective

Le moment présent, les conflits et les puissances qu’il implique nous rappelle à quel point la guerre est redevenue comme la prônait le général prussien Clausewitz, « la continuation de la politique par d’autres moyens ».

La mémoire collective a quelque peu oublié le pacte Briand-Kellog . Peu étudié par les étudiants du lycée parce qu’ il constitue un angle mort de leurs programmes, l’enseignement d’histoire de première s’achevant sur la première guerre mondiale tandis que celui de terminale commence avec la crise de 1929. Méconnu des opinions publiques qui ignorent à quel point l’ humanité a pu à un moment de son histoire, sembler si proche de la paix universelle

une émanation du pacifisme de l’après première guerre mondiale

Pour comprendre l’existence d’un tel pacifisme il faut se placer dans le contexte de l’ après-première guerre mondiale et de l’ espoir de la « der des der ». Pour une grande partie de l’opinion publique, le sacrifice de millions de morts dans des conditions atroces doit aboutir à la renonciation à la folie de la guerre. Un immense espoir de paix qui inspire la création de la SDN et son principe d’un arbitrage international des conflits . C’est aussi cette aspiration pacifiste qui amène le traité de Washington de 1922 pour plafonner les puissances militaires navales. C’est enfin cette espérance pacifiste qui inspire le rapprochement franco- allemand de 1926.

Aristide Briand -le pèlerin de la paix-, 5 fois président du conseil et presque toujours le ministre des affaires étrangères à partir de 1921 ,en fut le grand instigateur. En 1928 le secrétaire américain aux affaires étrangères Frank Kellog ,en consultation avec Briand pour un pacte franco- américain, aboutit avec son homologue français à l’idée du grand traité international de paix. Tous deux parviennent à y entraîner les diplomaties des autres grandes puissances. Quinze nations signent en 1928 et 42 autres, dont l’URSS, les rejoignent dans les 3 années suivantes…

un précèdent inspirant ?

Le traité a pu passer pour un peu utopique au moment même de sa signature, alors que déjà se manifestaient les pulsions d’un retour au nationalisme, l’agitation des mouvances fascistes. Toutefois et pour la première fois dans l’histoire, la guerre, dans son principe même, paraissait désormais susceptible d’être abolie et la promesse d’une paix générale semblait rayonner sur le monde

Paradoxalement, le pacte de Paris qui devait être l’aube d’un temps nouveau en fut plutôt le crépuscule. En effet, le monde a brutalement basculé dans la grande crise de 1929. Cette crise a ruiné le principe de l’entente pacifique internationale en engendrant la chute des fragiles démocraties allemande et japonais et a favorisé l’avènement du nazisme et du militarisme expansionniste nippon. Ces deux régimes ont balayé l’ ambitieux mais fragile édifice établi par la SDN et le pacte de Paris. En quelques années le monde est passé de la promesse d’une paix universelle à la marche inévitable vers une nouvelle guerre mondiale et totale

Alors que reste-il du pacte de Paris de 1928, à l’heure où les conflits armés semblent redevenir un instrument récurrent des relations internationales,? Certainement la mémoire inspirante, certes un peu oubliée, mais ineffaçable, d’un moment ou l’humanité a voulu atteindre la paix universelle.  Ensuite une référence, peu utilisée mais susceptible d’ être réactivée, à un texte du droit international qui n’ a jamais été aboli par ses signataires , demeure en théorie une composante du droit international, et pourrait  ainsi animer les mouvements pacifistes actuels

Photo : Aristide Briand