IRREVERSIBILITE DES GUERRES, IMPOSSIBLE RETOUR A LA PAIX ?

N°2 d’une série de cinq posts consacrés à cette question

La défaite de la raison ?

La guerre est un engrenage sacrificiel. Elle supprime les possibilités de paix quand il est enclenché. Une fois que des hommes ont donné leur vie et que l’ennemi a tué, les haines, déjà présentes au départ, s’attisent. Il faut que les sacrifices aient du sens. Revenir à une situation initiale aurait un goût de défaite pour celui des deux camps qui fut l’attaquant. Céder des territoires après s’être longtemps et farouchement battu pour les défendre paraît désormais inacceptable pour celui qui fut attaqué. En bref la guerre se nourrit d’elle-même. Plus elle avance, plus elle creuse la tombe de la paix.

La guerre, c’est l’irrationalité qui prend le dessus. Elle est l’absorption de l’individu raisonnable et paisible dans la violence d’une irrationalité collective, est le paroxysme du sentiment d’appartenance. Elle est ce que Roger Caillois décrivait comme « l’extrême tension de la vie collective, le grand rassemblement des multitudes » . L’ennemi désigné et honni accentue la solidarité du groupe qui se soude autour de ses dirigeants, renforçant leur pouvoir. La guerre prend corps dans une pulsion collective de violence où la raison abdique. C’est seulement quand la guerre a pris fin et la raison est revenue, que l’humanité ayant retrouvé la paix, regarde avec étonnement et horreur ce qu’elle a commis: les tranchées, les tortures, les gaz, les massacres à la baïonnette ou à la machette, les bombardements massifs de population civiles .

Il apparaît ainsi que l’opinion publique connait deux modes de fonctionnement distincts : elle change d’état en passant de la paix à la guerre, un peu comme un corps passe de l’état liquide à l’état gazeux en s’échauffant.
En ce sens, le retour à la paix est toujours malaisé, sauf évidemment en cas de victoire totale de l’un des camps en présence.

monument aux morts, Gentioux, Creuse